Le gaspillage alimentaire : Le huitième péché capital ?

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« Termine cette assiette, sinon tu ne sortiras pas de table !! ». Le bourreau qui crie, c’est mon père. Le gamin qui pleure devant son assiette d’épinards, c’est moi, il y a de cela plusieurs décennies. Aujourd’hui, je suis passé maître des supplices et ce sont mes foudres qui s’abattent régulièrement sur ma progéniture pour les mêmes griefs : vider cette satanée assiette avant de quitter la table. Au principe essentiel d’éducation qui motivait l’attitude de mon père (« un enfant bien élevé, mange de tout et ne laisse rien dans son assiette »), s’ajoute un principe plus personnel qui stimule mes réprimandes. C’est celui du gaspillage de nourriture. Lorsqu’auparavant, nous devions absorber les plats servis lors des repas, c’était par respect pour ceux qui mouraient de faim à travers le monde. A cette culpabilité que l’on posait sans grand scrupule sur les épaules des enfants récalcitrants afin de les inciter à coopérer, s’ajoute aujourd’hui le dilemme de participer à l’abominable gaspillage alimentaire engendré par notre société de consommation, déstabilisant l’équilibre écologique de notre planète.

Pour ceux qui ne le savent pas, le gaspillage alimentaire est le fait de perdre ou jeter des aliments encore comestibles. Ne croyez pas qu’iI sévit uniquement au niveau des assiettes des consommateurs que nous sommes. Il se produit tout au long de la chaîne d’approvisionnement, en commençant au stade de la production agricole, jusqu’à celui de la consommation, en passant par les phases de stockage, de transformation, de distribution et de gestion. La FAO (Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture dépendante des Nations Unies) a estimé que ce phénomène pouvait être ramené à un tiers de la production des denrées mondiales. Vous lisez bien : 1 aliment sur 3, n’est pas consommé ou ne l’est que partiellement avant de devenir un déchet.

Face à ce constat, il nous faut ouvrir les yeux sur les enjeux de ce terrible gâchis dont nous sommes tous, à la fois, les responsables…mais aussi les victimes. Nous voici face à un problème de société car lutter contre le gaspillage alimentaire, c’est lutter contre la faim et les inégalités dans le monde et c’est supporter l’aide aux personnes les plus démunies socialement. Mais ce n’est pas tout. Lutter contre le gaspillage alimentaire, c’est prendre part à la résolution de problèmes économiques (par l’optimisation de l’agriculture) et environnementaux (par la réduction de l’impact environnemental de l’alimentation et en particulier de son impact climatique).

Partant du dicton que quelques chiffres valent mieux qu’un long discours, penchons-nous sur ceux-ci :

D’après diverses sources dont l’ADEME, le Food Sustainability Index ou encore le ministère de l’agriculture française, chaque Français a gaspillé entre 20 et 30 kg en 2019 (dont 7 kg non déballés).

Le gaspillage s’observe également dans la restauration commerciale (environ 230 g par personne et par repas) et collective (environ 167 g par personne et par repas, notamment à l’hôpital ; dans les cantines scolaires, près de 30 %du contenu des assiettes part à la poubelle). Par ailleurs, 10 000 à 13 000 tonnes de poissons remontées par la flotte halieutique française sont invendus. Seulement 10 % de ce volume est reversé pour l’aide alimentaire, le reste étant transformé en farine animale ou détruit par ajout de matière non comestible.

Au total, le gaspillage sur l’ensemble de la chaîne alimentaire est estimé à 150 kilos par personne et par an en France et à 190 kilos en moyenne en Europe (selon des chiffres de 2012).

En 2019, ce sont environ 10 millions de tonnes de nourriture qui ont été jetées en France, soit environ 16 milliards d’euros en valeur financière et l’équivalent d’un repas jeté par semaine et par personne. Pourtant, la France est un pays où le gaspillage alimentaire est l’un des moins élevés.

Gardons en tête cette image forte :  Si le gaspillage alimentaire était un pays, il aurait été en 2019, le troisième plus gros pollueur au monde (en quantité de CO2 émis), derrière la Chine et les États-Unis !

Mais loin de moi l’envie de vous rendre responsables de tout le gaspillage alimentaire du monde (et de sa misère, au passage) !! Bien que souvent pointé du doigt comme premier responsable, la réalité est ailleurs (comme diraient certains) : Le gaspillage débute dès le champ et s’achève dans l’assiette… mais après un long périple jonché de pertes qui concernent l’ensemble des acteurs et filières de l’alimentation, et ce pour différentes raisons.

Selon une étude de l’ADEME de 2016, 18% de la production alimentaire destinée à la consommation humaine serait gaspillée chaque année selon la répartition suivante : Production agricole (32%) – Transformation (21%) – Distribution (14%) – Restauration collective et commerciale (14%) – Consommation à domicile (19%).

Ainsi, tous les secteurs d’activités sont concernés et génèrent du gaspillage à leur propre niveau. C’est pourquoi, chacun d’entre eux a un rôle à jouer et dispose, pour le réduire, de marges de manœuvre considérables. C’est un vaste sujet que nous pourrions aborder ultérieurement.

Voyons déjà ce qui peut être fait à notre niveau de consommateurs responsables et raisonnables:

  • Après avoir planifié vos menus de la semaine, organisez vos courses en réalisant une liste. Réalisez vos courses en vous en tenant à la liste préalablement écrite. Tachez enfin, d’effectuer vos commissions le ventre plein (ceci devrait agir favorablement sur les tentations de fringales inopinées en plein centre du magasin!)

  • Organisez votre réfrigérateur et remplissez-le en fonction des différentes zones de celui-ci. Dans la partie haute (où la température est comprise entre 4° et 6°C), rangez les plats concoctés par vos soins, les viandes ou poissons déjà cuits, les fruits et légumes cuits ainsi que les yaourts. Dans la partie centrale (nommée zone froide avec des températures comprises entre 0° et 4°C), placez la viande et le poisson crus, la charcuterie, le fromage frais, les desserts lactés, les crèmes, les produits en cours de décongélation, les produits frais entamés et les préparations à base d’œufs. Pour les légumes et fruits frais ainsi que certains fromages, optez pour le bac à légumes. Enfin, pour les jus de fruits entamés, les pots de sauce ou le beurre, la porte fera un endroit parfait. Une fois cette organisation verticale adoptée, intéressons-nous à l’organisation horizontale du frigo afin de gérer la fraicheur des produits ainsi que leur longévité de consommation. Pour cela, pensez à placer les aliments dont la DLC (Date Limite de Consommation) est proche devant afin de les consommer en priorité. Pour les produits qui ont une DLUO (Date Limite d’Utilisation Optimale), il est possible de les consommer même après la date de péremption indiquée ! Cela ne présente aucun risque pour la santé juste une petite perte de goût. Alors avant de jeter quoique ce soit, vérifiez bien si vos produits ont une DLC ou une DLUO. En bonus, la petite astuce des perfectionnismes : Ecrire une petite liste répertoriant les dates limites des aliments et leurs dates d’ouverture.

 

  • Soyons fou et imaginons que vous ayez décidé de cuisiner. Du coup, c’est un succès mais pourtant… il en reste ! « Non, non merci, pas d’avantage pour moi. C’était délicieux mais il y en avait trop !! » « M’ouais… ». Même si vous êtes un peu vexé(e), ne jetez pas ce reste à la poubelle. Optez plutôt pour une boîte de conservation et mettez-le y, avant de congeler le tout !

 

  • Enfin, ne vous privez pas de cuisiner vos restes de manière originale, il y aura moins de perte et vous deviendrez (peut-être) un grand chef reconnu par votre entourage, dans l’art des « Jyfoutouts ». En ultime recours, Si vous craignez de ne pas arriver à consommer toutes vos denrées périssables dans les temps, vous pouvez en faire don à la famille ou des voisins, et pourquoi pas, des associations. Ces associations sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses et de plus en plus efficaces. Toutefois, peu d’entre elles ne « travaillent » avec les particuliers pour des raisons évidentes de contraintes sanitaires. Pour être honnête, je n’en ai pas encore identifié en Nouvelle-Calédonie. Les associations active dans la lutte contre le gaspillage (telle que la Banque Alimentaire de Nouvelle-Calédonie, pour ne pas la citer) collaborent avec des entreprises donatrices et représentent un pôle de lutte en plein essor. Ces acteurs incontournables feront l’objet d’un prochain article. (Ça c’est histoire de vous laisser sur votre faim).

  • Quelques autres actions peuvent être efficaces sans que ça en deviennent des montagnes à gravir : Restez vigilant sur les offres promotionnelles aussi nommées fausses bonnes affaires, transportez les produits surgelés dans un sac isotherme ou achetez-les en dernier lieu pour respecter la chaîne de froid, stockez attentivement les aliments sitôt revenu(e) des courses, nettoyez régulièrement votre réfrigérateur, valorisez les fruits et légumes abimés en préparant des soupes ou encore des compotes et autres confitures…

Tout ceci ne doit au final, surtout pas vous couper l’appétit. N’y voyez pas que tâches ingrates, corvées récurrentes et besognes fastidieuses. Bien au contraire, car la lutte contre le gaspillage alimentaire doit aussi s’exprimer en faisant la promotion de la bonne et de la belle cuisine. Celle qui, respectueuse de l’environnement, se fait avec les produits du terroir, au gré des saisons. Celle qui ne néglige rien du produit traité, où tout est, sinon noble, au moins exploitable. Celle qui, jouant d’originalité et de raffinement parvient, sans cesse, à surprendre nos papilles. Celle qui, à l’instar de la cuisine de la Jeanne, est faite dans de larges marmites afin de rassasier les plus nécessiteux et les affamés, qui au-delà du goût viennent se délecter de la saveur d’un met préparé avec un grand cœur.

Colin Saldimalir

Références

            www.ademe.fr

www.ecotidiens21.fr

www.fao.org

www.fne.asso.fr

fr.wikipedia.org

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